Voile, burqa, fichu, foulard...

 

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Ghalib Al-Hakkak - agrégé d'arabe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Voile et femmes voilées

Des voix s'élèvent depuis quelques temps pour réclamer l'interdiction du voile à l'université, dans la continuité de ce qui est en vigueur à l'école, au collège et au lycée. Chiche ! On saura enfin qui est blonde et qui est brune. Et pendant que le législateur planche sur le sujet, on pourrait lui suggérer d'inclure à cette future loi un article sur les piercings, sur les décolletés et sur les mini-jupes. Sans oublier les talons hauts. Ah ! N'oubliez pas non plus les vêtements à motif ambigu, surtout quand ce sont des lettres bizarres, comme celles de l'alphabet arabe.

A propos, qu'en est-il pour les hommes ? Si un homme portait le voile, pourra-t-on le poursuivre ? Et s'il portait un kilt ? Qu'en dira cette future loi ?

La question que je me pose concerne la place de l'intelligence dans tout ça. L'université est censée dispenser du savoir, former les esprits, développer le sens critique, en somme rendre les individus plus intelligents, plus libres. Nous savons tous qu'entre être et paraître il y a une des nuances, parfois de taille. Un professeur portant cravate est-il plus qualifié ? Les chaussures en cuir bien cirées sont-elles le signe d'une plus grande culture que les baskets ? Faut-il se méfier de ce que professe un enseignant mal rasé ou mal coiffé ? Si la réponse est non, pourquoi alors ennuyer les femmes avec ce qui leur est personnel ?

Pourquoi projeter nos frustrations individuelles et collectives sur une minorité ? Bien sûr, il n'est possible de crier haro que sur une minorité.

Revenons au voile, qui a très vite reçu l'épithète "islamique", alors qu'on sait bien que tout autour de la Méditerranée, les femmes portaient depuis des lustres un foulard sur la tête. Qu'en dit le Coran, puisque beaucoup croient fermement qu'il l'impose ? Le mot hijâb apparaît dans le Coran sept fois. Nullepart il n'est dit qu'il s'agit d'une coiffe. La racine HJB nous fournit d'ailleurs quelques termes intéressants : le hâjib est le chambellan, hajaba signifie cacher et ihtajaba se cacher. Aucun verset coranique ne fait le lien entre un mot issu de cette racine et les cheveux d'une femme.

Rêvons un peu : un jour viendra où chaque jeune fille musulmane décidera librement si elle a envie ou non de porter un foulard sur la tête, où elle pourra le porter à sa manière, en montrant un peu de ses cheveux, à l'iranienne, ou en les couvrant entièrement, où elle pourra décider si elle le porte tous les jours ou non, partout ou seulement à certains endroits, où aucun homme pour se sentir honorable n'aura besoin d'imposer le foulard à sa femme ni à ses filles, où aucun homme politique ne trouvera un intérêt quelconque à en faire un sujet de débat public. Je suis persuadé que ce rêve sera réalité un jour prochain, dans dix ans, dans vingt ans... C'est inévitable. Alors, de grâce, cessons de nous énerver pour rien !

Mars 2015 - avril 2016